L'exposition au musée Rops de Namur (capitale de la Wallonie,
Belgique) fruit d'une collaboration avec le musée Rodin de Paris,
retrace la rencontre entre les deux hommes. Les dessins, plâtres et
documents permettent d'établir leurs affinités esthétiques. Leurs
visions d'"une nouvelle Eve", dessinée ou sculptée, révèle le corps
féminin sans artifice ni pudeur.
Félicien
Rops vers 30 ans 1863
"Rodin que je ne connaissais pas et qui ne me connaissait
pas est venu un beau soir, me prier de lui montrer toute mon
oeuvre, ce que je fis gracieusement- je l'avais encore complète à
cette époque. Il me couvrit de laudations excessives et s'en
fut.
Le lendemain, Mirbeau me répéta ses éloges et me dit:" ces
embrassements fantastiques, ce mélange de nature et de rêve ont
tellement frappé Rodin, qu'il m'a dit qu'il n'avait plus peur et
que lui aussi allait en faire des embrassements humains ! "et il en
fit !", raconte Rops en 1896 à propos de sa rencontre avec le
"statutaire" Rodin.
Auguste
Rodin au béret vers 1880
De cette rencontre que l'on situe en 1884, il existe une
deuxième version écrite par Emile Bergerat, chroniqueur parisien.
Il y relate que Rodin aurait invité Rops à découvrir une oeuvre en
chantier dans son atelier : la Porte de l'Enfer.

Rops, ému, se serait alors détourné pour verser deux larmes car,
"son idéal du Beau était là, sous ses yeux, réalisé sur terre,
en France".
Cette sensibilité partagée poussera les deux artistes à se
côtoyer, profitant de leur réseau de relations artistiques et
littéraires commun pour se fréquenter lors d'événements mondains ou
amicaux. Cependant, les deux hommes évoluent dans des carrières
diamétralement opposées : l'un sculpte, l'autre dessine et grave;
l'un se mesure physiquement à la matière, avec les prouesses
physiques que l'on suppose, dans un atelier où se succèdent
ouvriers et modèles, l'autre crée seul avec ses crayons, sa pointe
sèche, sa plaque de cuivre et la presse, choisissant ses modèles un
à un; l'un entre dans l'espace public avec ses sculptures
commandées par l'Etat, l'autre crée des illustrations pour des
livres, des dessins scandaleux pour des amateurs choisis et néglige
volontairement de contribuer à des expositions.
Félicien
Rops "l'Amante du Christ" 1888
Auguste
Rodin" le Christ et la Madeleine " 1894
Rops
"la Sphinge" 1889

Rodin" la Succube" 1888
Rops
"Pêché mortel" avec en marge "Hamadryade"
avant 1887
Rodin
"le Vieil Arbre ou le Vieux Chêne" avant
1896
Rops
"le Sacrifice" 1882
Rodin
"Torse d'Adèle" vers 1882
Tous deux proches de la nature et partageant un intérêt sans
limite pour la modernité et le corps des femmes, Rops et Rodin sont
effectivement en communion d'esprit, bien que les techniques qu'ils
utilisent induisent une visibilité et une reconnaissance
différentes.
N.B.: désolée pour la mauvaise qualité des photos; la pénombre,
les vitrines et l'interdiction de photographier en sont la
cause...
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